Le Gouffre de Jardelle

Etroitement associé à l’histoire de CHAFFOIS, le « trou de jardelle » est un puits de 128 m de profondeur qui fait partie d’un complexe géologique karstique. La formation du gouffre est due à l’effondrement de la voute d’une grande salle souterraine, à une période indéterminée.

Jusqu’en 1904, le « trou de Jardelle » a servi de charnier pour une dizaine de villages aux alentours. Notamment lors de la guerre de 1870 pendant laquelle mille cinq cents animaux, morts du typhus, y ont été jetés, sous le couvert du conseil général du Doubs.

En 1900, le Dr Larmet reprocha aux paysans du secteur d’abattre en secret les animaux, atteints par le bacille du charbon pour en vendre la viande, alors qu’il aurait été plus simple de les jeter dans le gouffre.

En 1901, lors de la première exploration, on colore l’eau du fond qui ressortira vingt-quatre heures plus tard à la source de la Loue. Pire, une partie de l’eau arrive directement au robinet des habitants de Ouhans.

C’est en 1904 que l’administration fait marche arrière et interdit ces pratiques de charniers. Cela n’empêchera pas la même administration, vingt ans plus tard, de se servir du gouffre pour se débarrasser d’obus de la première guerre mondiale non utilisés.

En effet, vers 1923, les premiers camions arrivent depuis la gare de Pontarlier où ils sont chargés depuis les wagons. Cependant, le chemin qui conduit au gouffre devient bien vite impraticable, les camions s’enlisent les uns derrière les autres. A ce moment-là, les autorités décident de lancer la construction d’une mini voie ferrée et de mettre les obus dans des wagonnets. Ils rejoindront le trou depuis un point plus haut. Depuis lors tous les tonnages ont été évoqués passant de 30 000 à 3 000 tonnes mais sans jamais avoir un poids vraiment défini.

Exploration 2023 du gouffre de Jardelle

Initiée par la commune dès le mois de février, l’exploration du gouffre de Jardelle s’est déroulée le 30 août et les 1er, 2 et 3 septembre 2023 en collaboration avec de nombreux intervenants.

Les objectifs étaient multiples :

  • Vérification de l’intégrité des obus stockés par les démineurs du centre de déminage de Colmar :

Les obus déposés dans le gouffre en 1923 proviennent d’un surstock de l’armée Française de la première guerre mondiale. Il n’y a pas d’obus chimique et l’intégralité de ceux-ci ont été désamorcés. Les conditions de conservations (température et hygrométrie) sont telles que nous n’avons pas constaté de dégradation particulière des obus. Il n’y a à ce jour aucun risque d’explosion.

  • Prélèvements d’eau et de sédiments par un hydrogéologue mandaté par la Préfecture en amont et en aval des munitions ainsi qu’à la source secondaire de la Loue, résurgence du gouffre de Jardelle :

Les analyses effectuées par le laboratoire Eurofin Hydrologie à coté de Nancy n’ont pas permises de détecter de trace de pollution

  • Amélioration de la connaissance du gouffre notamment avec la création d’une cartographie 3D :

A l’aide d’un drone et d’un scanner 3D, l’équipe du secours spéléo du Doubs a pu établir une cartographie détaillée du gouffre. Un plongeur-démineur et des plongeurs spéléo ont également explorés les syphons se trouvant après le gouffre.

Une meilleure connaissance de la topographie du fond du gouffre devrait nous aider à déterminer la quantité d’obus stockés car à ce jour, en l’absence d’archive, nous ne connaissons pas le tonnage exact. L’exploration de 2010 fait état d’une quantité d’obus estimée à 3 000 tonnes.

  • Exercice de secours grandeur nature pour les pompiers du groupe d’intervention en milieu périlleux du Doubs.
  • Etudier la faisabilité de la remontée et de la destruction des obus :

 Deux experts du ministère de l’intérieur et de la défense ont étudié minutieusement la possibilité de remonter en cas de besoin tout ou partie des obus. Une telle opération devant se faire obligatoirement dans des conditions de sécurité optimum.

Dans l’état actuelle des choses, vu l’état de conservation des obus, les conditions de stockages et l’absence de pollution, envisager la remontée et la destruction sur place des obus aurait un impact sur l’environnement beaucoup plus négatif que de ne pas y toucher.

En conclusion, il a été convenu avec la Préfecture, en l’absence d’élément nouveau, de renouveler cette opération de surveillance tous les dix ans.

Le site est réglementé par arrêté préfectorale et non plus simplement par arrêté municipal.

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