Le Moulin de Chaffois

Aujourd’hui en ruine, le moulin de Chaffois dont les premières traces d’existence ont été trouvées aux archives municipales de Pontarlier dans un document datant de 1644 fait partie du patrimoine historique de la commune.

Les vieilles pierres et la roue encore visibles rappellent aux promeneurs que le moulin, par la diversité de son activité passée représentait un dynamisme capital pour la région.

L’activité du moulin était saisonnière. Les moissons apportaient leur lot de grains (graines de grands navets, pavots, chanvre et même noisettes et faines puis plus tard maïs) qui étaient écrasés en pâte qui était ensuite pressée pour en extraire l’huile pour la cuisine et l’éclairage. Ainsi jusqu’à l’hiver, ces diverses activités entraînaient un va-et-vient incessant. Le moulin devenait un centre de rencontre et un outil indispensable à la fabrication des denrées principales de la famille. Le meunier était payé en nature (5% du grain moulu) mais il y avait un peu d’abus et on disait que le « munier » n’avait pas trop du dernier samedi de pâques pour se confesser …

L’hiver était calme surtout à cause du gel, et le meunier en profitait pour entretenir le moulin, curer l’étang ou tailler les meules. A Chaffois, il était aussi cultivateur : bétail, jardin, chènevrière, choulière, vergers et poissons. Il travaillait le bois pour lui-même et au printemps, profitant de la force hydraulique, il sciait des planches pour les habitants. A l’époque, les enfants des campagnes connaissaient ainsi toutes les étapes de la fabrication du pain ou de l’huile, ces choses si simples en apparence : labours, préparation des terres, semailles, moissons, battage et mouture.

L’histoire du moulin de Chaffois nous amène à un tragique épisode qui a eu lieu sous la révolution : Par une soirée d’avril 1794, un grand nombre de visiteurs se dirigeaient de Chaffois vers le moulin. D’après la déposition du comité révolutionnaire, d’autres personnes attendaient pour passer le Drugeon en barque. Il relate aussi avoir vu plusieurs fois pendant la nuit des individus aborder la rivière « tant coté des Granges que de Ste Colombe », et qui s’en retournèrent à la vue de la garde.

Cette affluence au moment de pâques ne pouvait s’expliquer que par la présence d’un prêtre réfractaire. Il n’en faut pas plus pour déclencher la fouille de la bâtisse. Les recherches restent vaines. Le lendemain, un garçon voit dépasser des bardeaux de la cheminée un morceau d’étoffe bleue. Dom Lessus fut arrêté. C’était un prêtre qui n’avait pas prêté serment à la constitution. Il exerçait ses fonctions en cachette, et se déplaçait déguisé en sachant que c’était au péril de sa vie. Avec son hôte Barthélémy Javaux, ils furent transférés au tribunal au 8 rue de la république à Pontarlier. Le comité de salut public les condamna à la guillotine. L’échafaud fut dressé place St Bénigne. Dom Lessus fut exécuté le 25 avril 1794 à 28 ans et Barthélémy Javaux le lendemain à 31 ans. Leurs tombes adossées à l’église St Bénigne, entrée nord, furent longtemps un lieu de pèlerinage pour le Haut Doubs.

Après ce triste épisode, l’activité du moulin ne fit que décroitre. Les bâtiments commencèrent à se dégrader et n’étaient plus entretenus par manque de moyens. Son activité cessa au milieu du XIX° siècle (1852). Les Bâtiments gardèrent un usage agricole jusqu’au début du XX° siècle puis ne furent plus qu’un abri pour pêcheurs ou braconniers jusqu’à la seconde guerre mondiale.

Par ces diverses activités : Meunerie, huilerie, pressoir, scierie, pêche, etc…, ce complexe artisanal, situé aux limites communales, animait la vie économique des trois villages de Chaffois, Ste Colombe et Granges-Narboz.

Aujourd’hui, ces pierres qui nous parlent nous laissent rêveurs.